Pass'web pour les jeunes proposé par le Conseil Général du Bas-Rhin

Rencontre avec Julian, tuteur d'un Service Civique

Volontaire en Service Civique : pourquoi pas toi ? - © Jonathan Sarago/ CD67

Découvre le témoignage de Julian, conseiller vie associative et tuteur d’un volontaire en service civique sur la mission "Journée citoyenne en collège" :

Pourquoi devenir tuteur ?

C’est mon truc d’accompagner les jeunes qui sont en formation donc quand on m’a proposé un volontaire en service civique, c’était une évidence pour moi. C’était aussi une première expérience pour moi mais c’était une évidence d’accompagner un VSC (=volontaire en Service Civique) parce que j’ai cette fibre. Ça m’intéresse beaucoup d’accompagner des jeunes soit en stage, soit en apprentissage.

Ça demande du temps, un engagement. Et puis sur les missions de volontariat, on est quand même aussi sur une approche singulière de l’accompagnement. On n’est pas dans le cadre d’un stage ni d’un emploi. Je pense que c’est une belle expérience que peuvent vivre les volontaires si on leur en donne l’opportunité mais je pense que c’est important que nous tuteurs, on soit au clair dans ce qu’on leur propose.

Comment s’est passé le recrutement ? Et ta relation avec ta volontaire ?

Je me souviens sur la mission d’Ambassadeur de la journée citoyenne en collège, Tiffany, lorsqu’elle est arrivée, elle est arrivée un peu par hasard sur cette mission. Moi j’étais en recherche d’un volontaire, elle cherchait un emploi ou un stage – elle ne savait pas trop. Elle m’a été orientée dans ce contexte-là. C’est un de mes partenaires qui m’a dit "Tu cherches un volontaire ? Moi je connais quelqu’un d’intéressant, qui a un profil d’animatrice. Prends le temps de la rencontrer". Et donc effectivement, je l’ai reçue en entretien. Elle était très très motivée, elle s’était pris le temps de se renseigner sur la mission et le recrutement s’est fait assez facilement.

"C’est une opportunité pour toi, quelque chose que tu ne vivras probablement qu’une fois dans ta vie."


Sauf que, une fois la mission démarrée, très rapidement (une semaine après), elle a été d’emblée dans une remise en  question totale de son service civique, de sa place au sein de la mission, de ses capacités à mener cette mission à bien. Il a fallu faire tout un travail, recentrer ses motivations et les objectifs de son service civique pour trouver quelque chose qui fasse moteur tout au long de sa mission.  C’est vrai que si tu ne soignes pas ce travail en début de mission, je pense que tu passes à côté de l’essentiel. J’ai dit à Tiffany à plusieurs reprises que sa mission était du bonus pour la collectivité. La journée citoyenne se ferait avec ou sans elle. Inutile de se mettre la pression en termes de réussite. Elle aurait sa part de responsabilité dans la manière dont la mission serait menée mais même si demain, elle quittait parce qu’elle avait eu d’autres opportunités, cette mission serait menée jusqu’à son terme. A partir de là, en tant que volontaire, tu vois les choses autrement. C’est une opportunité pour toi, quelque chose que tu ne vivras probablement qu’une fois dans ta vie. A toi de t’en saisir, de faire preuve d’initiative, de t’autoriser à faire confiance à tes collègues et d’essayer de grandir dans ta mission.

Quel profil faut-il avoir pour être volontaire ?

Quel que soit le profil, tout le monde est le bienvenu dès lors qu’il/elle remplit les conditions. A mon sens il y a souvent une confusion entre le recrutement d’un stagiaire ou salarié et celui d’un volontaire. Accueillir un volontaire, c’est déjà lui apporter quelque chose. Je pense qu’on peut accueillir n’importe quel volontaire du moment qu’il est motivé, quel que soit son niveau de qualification, de compétence, du nombre d’années d’études. Peu importe, du moment qu’il est motivé, volontaire et qu’il a envie d’être là pour s’impliquer sur une mission. Il y a une accroche sur la thématique, sur la mission mais aussi une accroche avec le tuteur car c’est un bout de chemin qu’on parcourt à deux, ou même à plus avec les autres membres de l’équipe. Le binôme tuteur/volontaire est un tandem qui doit bien fonctionner pour que la mission apporte quelque chose tant du côté du tuteur que du volontaire. Pour reparler de Tiffany, elle est arrivée à une période de sa vie où elle se questionnait sur son avenir. Elle était en train de préparer un diplôme dans le domaine de l’animation. Mais elle avait besoin de ce temps-là pour construire son projet, son avenir. C’était un moment de flottement, de remise en question. Mais à partir du moment où on a retrouvé le moteur de son service civique, j’ai senti le mécanisme se mettre en route. On a eu une volontaire qui a retrouvé l’envie et qui est allée jusqu’au bout de sa mission.

"Je pense qu’on peut accueillir n’importe quel volontaire du moment qu’il est motivé, quel que soit son niveau de qualification, de compétence, du nombre d’années d’études."


C’est certain qu’elle aurait quitté sa mission avant son terme sinon. C’est un travail à deux. Être volontaire en service civique, c’est accepter de s’exposer, d’accorder sa confiance. Il faut jouer le jeu. Quand on est tuteur, pareil : il faut accepter de partager son quotidien, de transmettre un peu du contexte institutionnel dans lequel on évolue. C’est un engagement auprès du volontaire.

Comment se passe le début d’un service civique ?

Par exemple, Tiffany a été le premier mois tout le temps avec moi. Pas pour voir ce que je faisais mais pour connaitre l’environnement institutionnel et administratif dans lequel elle allait évoluer. C’est important car de l’extérieur, travailler pour le Conseil Départemental, c’est flou. Le bâtiment administratif représente bien les méandres de notre administration. Quand on a 20 ans, être au clair sur les missions des collectivités… On ne l’apprend pas forcément à l’école.

"C’est aussi le moment où on apprend à se connaitre, on parle de soi."

Il y a plein de choses à apprendre, entre le fonctionnement quotidien de l’administration, la carte de photocopieur, la cantine, les frais de déplacement… Concrètement, il y a une procédure pour tout. Après, c’est le contexte institutionnel. Quand tu es au Département, que font les gens ? Qui représente la collectivité ? Quelles sont les missions du Département ? Ça, c’est le B.A-BA. A l’issue d’une mission en service civique, il faut être en capacité de savoir que le Département, c’est le social, entre autres. C’est pour moi un impondérable dans ce premier temps d’accueil du volontaire. On parle, je te raconte l’histoire de notre collectivité, ce qu’elle fait au quotidien, comment elle aide les Bas-Rhinois, comment on agit en territoire. C’est une phase assez importante. Et c’est aussi le moment où on apprend à se connaitre, on parle de soi. Dans mes habitudes de travail, il y a des choses sur lesquelles je suis plus à l’aise que d’autres. Et c’est bien pour le VSC de savoir que son tuteur n’est pas parfait partout, performant sur tous les actes du quotidien professionnel. J’ai vu Tiffany sur ces points-là exceller. Elle a été au top. Par exemple, on a beaucoup travaillé sur la gestion de projet. Pour l’affectation des élèves, on a beaucoup travaillé sur Excel et fait du publipostage. Moi, j’ai découvert mais Tiffany en avait déjà fait un petit peu avant. Elle a pu vraiment mettre à profit ses formations et compétences sur ce domaine. C’était vraiment valorisant pour elle car elle a vraiment apporté un plus sur cette mission. C’est une chose que j’aurais pu faire mais ça m’aurait demandé de solliciter mes collègues, le service Communication…

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées en tant que tuteur ?

Les difficultés, c’est toujours la question du temps. Quand on est tuteur, on se retrouve à jongler entre ses missions, sa fiche de poste et l’accueil d’une nouvelle personne qu’on doit accompagner. Il faut du temps. Même si en soi, on manque toujours de temps dans le monde du travail. On surmonte ça assez facilement si on arrive à se projeter, à mettre en place des temps d’échanges réguliers. Ça évite les échanges parasites. Un VSC qui commence à devenir autonome, s’il a des points réguliers sur lesquels il peut se projeter, ça lui évite de prendre le téléphone toutes les deux minutes pour solliciter le tuteur.

Comment se déroule le Civique Dating ?

Quand j’étais au Civique Dating, à une table avec d’autres tuteurs… Je trouvais que tous les jeunes avaient du potentiel. Ils avaient tous quelque chose à apporter à la collectivité et on avait tous quelque chose à leur apporter. C’est clair que les profils étaient très différents. Ma difficulté, c’est que lors d’un Civique Dating, moi, je recrute tout le monde ! Mais parce que je crois vraiment en la démarche volontariste du volontaire. Dès lors qu’on est volontaire et qu’on a le souci de s’engager au profit d’une mission, ça ne peut que marcher. A condition qu’on lui donne les moyens.

"Vous devez faire preuve d’autonomie… Et ça, quand on sort du système scolaire classique, ça ne tombe pas sous le sens."

Et c’est vrai aussi que lors de cette journée, certains candidats étaient un peu paumés, à qui on avait dit de venir pour trouver un boulot. J’ai trouvé ça très dommageable pour les personnes qui faisaient les démarches. Tu ne sais pas où tu mets les pieds, tu ne prépares pas un minimum ton entretien… C’est un peu casse-gueule. Tu te vautres sur un entretien comme ça, tu n’en repasseras pas.

Alors que si tu te prépares un tout petit peu, avec le professionnel d’une institution qui se prend le temps d’expliquer le Service Civique, tu peux arriver dans d’autres dispositions au Civique Dating. On peut, quel que soit le profil, accompagner le VSC. Mais il faut se donner les moyens, être à l’écoute… Jouer le jeu. Le travers, c’est que tu considères toujours ta mission comme la meilleure. Ce n’est pas une mauvaise chose mais ça induit un niveau d’exigence dans une démarche de sélection du candidat idéal. Tu as envie que ça marche et de trouver un jeune dans lequel tu vas te retrouver et que tu vas pouvoir porter dans cette dynamique. Mais dès lors que tu es dans cette approche-là, tu fais fausse route. Il y a deux choses : ce que peut offrir la collectivité à un jeune et ce que le jeune va pouvoir offrir à la collectivité. Si ce croisement ne s’opère pas de cette manière, on peut se retrouver dans quelque chose qui n’est pas sain : un volontaire qui n’a pas les compétences pour sa mission, un tuteur qui est trop exigeant et un volontaire qui baisse les bras… En même temps, je suis convaincu que du côté des volontaires, vous vous posez tous la question de votre place dans la collectivité car on n’est pas derrière vous à chaque pas, vous devez faire preuve d’autonomie… Et ça, quand on sort du système scolaire classique, ça ne tombe pas sous le sens.

Il y a toujours une phase de questionnement, où tu es depuis deux heures devant ton ordi et tu attends un mail qui ne vient pas et tu te dis que ça ne va pas. C’est de la responsabilité du tuteur de dire "On ferme l’ordinateur, on va se prendre le temps ensemble, on va murir le projet et y mettre ta griffe. Ton collègue volontaire, il a un style, il parle bien, il est parfait ; mais toi, tu as un autre style, autre chose à apporter."

La mission est-elle reconduite l’an prochain ?

La mission n’est pas reconduite. On aurait pu mais c’est une position politique du Département. On a lancé le concept de la journée citoyenne, on a mis les moyens. La collectivité voulait que ce soit une réussite. Demain, on espère qu’il y en aura sur l’ensemble du territoire. Mais on souhaite être plus une ressource, moins dans la démarche opérationnelle. On espère que de quatre, on passera à seize journées citoyennes, voire plus. On a eu de belles retombées médiatiques et je pense que Tiffany a été satisfaite d’être vue dans les journaux, à la télé.

 "On sera deux sur le même bateau."

Par contre, j’ai refait une demande pour obtenir une nouvelle mission sur laquelle on positionnera un Service Civique. Ce sera sur les questions relatives à l’engagement bénévole. Comme je suis conseiller associatif, j’accompagne les associations dans le développement de leur action, de leur activité, dans le montage de projet et on dynamise le tissu associatif sur certaines problématiques. La question du bénévolat est une problématique récurrente dans le domaine associatif. Ce sera à nouveau une mission compliquée car, contrairement à la précédente, on sera sur quelque chose de beaucoup plus global, à l’échelle de tout un territoire, avec des associations très diversifiées. Ce sera compliqué au départ mais on va construire la mission ensemble et essayer de mener des actions pour développer une dynamique. Pour moi, c’est un challenge de ne pas repartir sur la même mission. On repart à zéro. On se donne les moyens d’y arriver.

Je pars en formation sur le bénévolat pour avoir du contenu à donner à mon volontaire qui arrivera en octobre. Après, on sera deux dans le même bateau, je ne m’y connaitrai pas beaucoup plus que lui sur la question mais on essaiera d’avancer ensemble. Nouveau challenge, c’est comme ça qu’il faut le voir !

 
Haut de page